Fin 2021, un gigantesque « Agropark » en terre abymienne

Extrait foodîles numéro 4

Des terres agricoles en nette diminution année après année, des productions locales inférieures aux besoins de la population et des produits alimentaires représentant un sixième de l’énorme volume de marchandises importées par an… Les chiffres majeurs de l’agriculture et de l’agro-transformation en Guadeloupe n’invitent pas à l’optimisme concernant leur avenir. Cependant, fin 2021, les acteurs de ces secteurs disposeront d’un nouvel outil : l’Agropark Caraïbes Excellence, projet porté par la communauté d’agglomération Cap Excellence. Budget estimé : environ 17,5 millions d’euros. Focus. 

 

Sur l’ensemble de l’archipel, le territoire de Cap Excellence ne totalise que 5% de la audace utilisée pour l’activité agricole. L’urbanisation galopante, le développement des Zones d’Activités Economiques (ZAE) notamment, expliquent que les terres dédiées à l’agriculture se soient réduites comme peau de chagrin au fil des années. La communauté d’agglomération composée des Abymes, de Pointe-à-Pitre et Baie-Mahault,« concentre à elle seule, un quart de la population de l’île et la moitié des emplois » selon l’Insee, soit un peu plus de 100 000 habitants et environ 61 000 emplois.

Alors que Cap Excellence est déjà « le poumon économique » de la Guadeloupe et malgré ses faibles potentialités agricoles, la communauté d’agglomération a décidé la construction d’un Agropark sur une surface de cinq hectares aux Abymes. Son ambition : mettre en place un pôle de production alimentaire locale, mais aussi de recherche et développement, complété par un village commercial et un jardin créole.

« Nous avons identifié une appétence des Guadeloupéens pour une consommation de produits locaux, bruts ou transformés, assure Bruno Pierrepont, directeur général délégué de Cap Excellence. Ils sont prêts à payer un peu plus cher pour consommer du local de qualité. Nous avons donc décidé de nous intéresser à l’agro-transformation ». Cap Excellence a par la suite effectué une étude de faisabilité. Constat tiré en 2017: « un vrai besoin d’un espace de valorisation et de commercialisation des productions agricoles et agroalimentaires locales ».

Restait à choisir la localisation. « Afin de desservir le nouveau CHU, la Région Guadeloupe a décidé de relier la route de Mome-à-l’Eau directement à l’échangeur de Providence. Nous avons voulu mettre ce magnifique maillage routier à la disposition des agro-transformateurs. Ils auront à proximité le CHU et la zone de Dothémare d’où une visibilité optimale, et surtout les groupements fonciers agricoles qui pourront les approvisionner. »

Un modèle italien nommé Fico

Pour travailler sur ce projet Agropark, Cap Excellence a notamment fait appel à Thierry Corbin, entrepreneur dans la restauration depuis des années. « Il fallait trouver un vrai modèle économique qui puisse se passer de subventions d’équilibre pour fonctionner », explique-t-il. Pour ce faire, il s’est rendu à Bolone en Italie, afin de visiter Fico Eataly World, un gigantissime parc dédié au patrimoine culinaire italien, ouvert depuis 2017 : sur 100 000 m2, 40 restaurants, des ateliers, des agro-transformateurs en train de travailler, des productions agricoles exposées, un énorme magasin de 9000 m2 et même un bureau de poste.

« Le modèle économique de Fico est unique au monde. Ils ont réintroduit en proximité, en circuit-court, les agro-transformateurs, les agriculteurs, et sont même allés jusqu’à mettre dans ce parc des vignobles et des vaches laitières. 90% de la production est transformée sur place », s’enthousiasme Thierry Corbin.

Les créateurs de l’Agropark Caraïbes Excellence se sont donc inspirés du plus grand parc agroalimentaire au monde pour concevoir le leur, « à l’échelle de ce que nous sommes », dixit Thierry Corbin. « Nous sommes dans une équation vertueuse. L’idée est de créer un maillon fort pour que cela suscite des vocations par la suite. »

Le projet guadeloupéen en chiffres : un parc d’activités de 12 000 m2 dédié aux petits producteurs, transformateurs, distributeurs, artisans, porteurs de projets, 30 entreprises qui travailleront dans des locaux aux équipements de pointe. Bruno Pierrepont précise : « 11 entreprises (ndlr : sociétés de restauration collective, traiteurs, etc.) seront installées dans une pépinière d’agro-transformation comportant un plateau technique de haut niveau, ce qui leur permettra de mutualiser les machines et d’accroître leur compétitivité ».
Outre l’aspect agro-transformation, le projet comporte un volet de vente directe, avec « un magasin d’usine de 1500 m2 exclusivement dédié aux produits locaux », mais aussi un restaurant et une salle de réception pouvant accueillir 450 personnes. Pour pouvoir réserver cette dernière, « il faudra accepter de faire appel aux traiteurs proposant des produits locaux ». De plus, « à l’intérieur du village commercial, seront proposés des ateliers culinaires afin d’apprendre à cuisiner les aliments de l’archipel ».

5000m2 de parc et jardin

L’Agropark comprendra également un grand jardin créole pédagogique, afin que les visiteurs puissent s’informer tout en se baladant. Une facette qui n’est pas pour déplaire à Sidney Henery-Sainsily, jeune pépiniériste et arboriculteur, séduit par le projet de l’Agropark parce qu’il « trouve important que les agro-transformateurs, les ingénieurs-chimistes, les restaurateurs et les agriculteurs s’associent pour pouvoir travailler avec des produits de qualité et apporter une valeur ajoutée à ce qui existe déjà en Guadeloupe. Cela permettra à la population de manger mieux ».

Il poursuit : « Nous pourrons connaître les besoins des agro-transformateurs en matières premières, car jusqu’à présent, ils sont souvent obligés d’importer. En collaborant avec les agriculteurs, ils produiront plus avec ce que nous avons ici. Et après avoir réussi à satisfaire la population, il leur sera possible d’exporter et de mettre en avant le savoir-faire guadeloupéen ».

Le jeune homme qui est en train de créer son entreprise, Caviar vert, souhaite rejoindre l’Agropark afin d’« apporter sa pierre à l’édifice » : « J’ai envie de travailler sur la recherche et le développement des arbres fruitiers locaux, afin que nous ayons une production viable. Je veux aussi faire de l’agro-transformation et des ateliers de vulgarisation en direction de la jeunesse ». Et de conclure : « Tout ce que nous avons autour de nous est de très haute qualité, c’est du caviar ! »

Mylène Colmar

 

Sources : « Mémento de la statistique agricole », Edition 2018, Agreste Guadeloupe ; « Bilan économique 2018 — Guadeloupe », Insee Conjoncture Guadeloupe, n°05, juin 2019 ; « Cap Excellence : poumon économique de la Guadeloupe », Insee Analyses Guadeloupe, N°11, juillet 2016.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.