Nouveau protocole sanitaire Covid-19 : le ras-le-bol des restaurateurs des Iles de Guadeloupe

Port du masque à table, instauration d’un cahier de rappel, gel hydro-alcoolique sur chaque table, augmentation de la distance  et baisse du nombre de convives à table…  Les annonces concernant la nouvelle réglementation pour autoriser la réouverture des restaurants de Guadeloupe semblent mettre en place un vrai parcours du combattant pour les entrepreneurs du secteur. Une ouverture, oui, mais à quel prix ?

Réactions de 4 acteurs de la profession.

 

Miguel JEAN-NOËL, co-gérant du restaurant LA RHUMERIE DU PIRATE

Nous avons bien pris connaissance de toutes ces nouvelles mesures et nous sommes conscients que nous devons tous faire des efforts pour ralentir le virus.

Mais derrière notre satisfaction à réouvrir nos établissements se cache toujours la crainte de l’avenir. En effet, une nouvelle saison touristique approche à grand pas, que faire ?

Les clients ne prennent plus plaisir à venir manger au restaurant depuis le déconfinement. De plus, s’il faut stresser les clients avec un cahier de rappel, prendre leur température, la clientèle ne retrouvera plus ce qui l’amène au restaurant : la détente, le partage et les sourires échangés.


Thierry REYNAUD, co-gérant du restaurant TK HOUSE.

C’est une bonne chose si les restaurants peuvent réouvrir. Simplement, les mesures sanitaires vont contraindre à diminuer le nombre de tables va fragiliser l’activité. De plus, il y a déjà une bonne partie de la clientèle qui ne vient plus au restaurant depuis la pandémie. Donc, c’est toute une profession qui va être impactée.

De ce fait, nous attendons sincèrement que l’Etat puisse accompagner par des mesures de soutien les entreprises pour survivre durant cette période. En effet, ce sont des dizaines de milliers d’emploi qui dépendent de la restauration en direct et des dizaines d’autres indirectement (fournisseurs, transporteurs, collaborateurs, etc.) C’est donc un grand pan de l’économie guadeloupéenne qui est en danger si nous n’avons pas le soutien sur le plan national mais aussi local.

Je souhaite beaucoup de courage aux restaurateurs, à tous ceux qui sont autour de la filière comme Foodîles et les autres partenaires et je nous souhaite de passer le cap de ce moment difficile.


Anne-Gaëlle LUBINO, fondatrice et gérante du Café Papier

Anne-Gaelle Lubino, créatrice de l’espace Café Papier Crédit Photo : Nicky Mariette

En général, je choisis de penser que les personnes qui décident font ce qui est leur mieux.
Mais honnêtement, depuis quelques semaines, je vis dans un agacement (au minimum) quasi permanent.

A cause du sentiment d’impuissance face à des décisions/méthodes/discours, que nous sommes contraints de suivre, littéralement du jour au lendemain (cf annonce dimanche à 22:58 pour application lundi…), et surtout sans être convaincus de la pertinence de la mesure pour atteindre l’objectif affiché (d’ailleurs lequel?)

Je sous-estime peut-être le pouvoir des restaurants… Mais cette impression d’être chargés de faire reculer l’épidémie, c’est lourd. On a plutôt le sentiment pénible d’être une variable d’ajustement.

Je souhaite évidement de tout mon cœur que la santé de tous soit préservée – nous faisons tous de notre mieux en faisant respecter les protocoles – en investissant pour ça (signalétique, plexi, masques, gel, désinfection…) et nous continuons à le faire.
Mais la gestion de l’impact psychologique pour l’équipe, financier, sur le passage clientèle (qui baisse avant et bien après les réouvertures) tout essayant de rester moteur… Ce n’est pas aisé…


Djenaro DUMABIN, gérant de L’ARDOISE

La réouverture des restaurants va forcément dans le bon sens. D’ailleurs, notre profession exemplaire en matière d’hygiène n’aurait jamais dû être de nouveau impactée. Ces nouvelles mesures qui semblent vouloir s’imposer en complément de celles existantes sont scandaleuses ! En fait, quand les chiffres de l’ARS sont mauvais, on ne donne pas plus de moyens aux hôpitaux et on ferme quoi ? Les restaurants ! Quelle drôle d’idée !

Nous avons tous noté que le préfet a préconisé de la concertation avant toute décision pour les grands groupes et centres commerciaux. Or, il a annoncé unilatéralement et avec effet brutal la fermeture de nos petits commerces sans que nous ayons notre mot à dire. Que faut-il en penser ?

Il faut arrêter d’harceler toute une profession ! Prend-on la température des clients dans les centres commerciaux ou les transports bondés ? Comment mettre en place un cahier de rappel sans perturber le service ? Il nous faudrait embaucher quelqu’un uniquement dédié à la tâche. De surcroît, réduire encore le nombre de tables, ni moi, ni mes confrères ne peuvent financièrement s’y résoudre en cette période.

Pire, les clients qui n’avaient pas cédé à la peur organisée par les pouvoirs publics risquent fort d’être réticents à se faire examiner, enregistrer et compartimentés au cm près. Cela aura encore pour incidence de faire encore décliner la fréquentation.

Entendons-nous bien, il n’est pas question de relâcher nos efforts dans la lutte contre la COVID. Aussi, les précédentes mesures quoique contraignantes et coûteuses sont entrées dans notre fonctionnement au quotidien.

Il est temps d’admettre que les restaurants font leur part d’actions protectrices. Ce sont également, les seuls lieux où nos clients peuvent venir en toute confiance et sécurité.

La majeure partie des restaurateurs jouent le jeu du protocole sanitaire. A nous clients, de faire notre part. La balle est dans notre camp.

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Foodîles est un média gourmand qui a pour ambition de mettre en avant les talents culinaires de nos Iles de Guadeloupe : restaurants, chefs, agro-transformateurs sont autant de talents au service de la promotion de notre territoire.

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